Récit de voyage – Le Caroux en juin 2019 par Michèle APIED

par | Déc 19, 2019 | Récit de voyage 3

Cette année, c’est au Caroux, dans le parc régional du haut Languedoc que Michèle nous emmène pour une randonnée itinérante organisée par « les marcheurs du Caroux ». Une précédente expérience dans cette région et avec cette association, avait laissé un souvenir impérissable chez les anciens de l’ASB… Eh bien, nous aussi nous avons trouvé le séjour « génial » : les paysages étaient somptueux, l’ambiance excellente et l’organisation parfaite. Bien sûr on a parfois un peu souffert sur les chemins rocailleux, mais « on n’a rien sans rien » !

Jour 1:
Ambiance zen dès l’arrivée gare de Lyon. Dans le TGV on discute, on plaisante. A notre voisin, qui lit « San Antonio » en cachant son livre sous la tablette, succède un couple et son chien ; comme toujours, grâce au chien, la conversation s’engage… Le paysage défile : la Bourgogne, la vallée du Rhône, Valence, Montpellier. A Sète, nous sommes éblouis par le bleu de la mer et le blanc des voiliers. Arrivés à Béziers, nous montons dans le car pour Bédarieux. La « chauffeuse » est volubile, pagnolesque ! A la descente, Aurélien, le responsable des « marcheurs du Caroux » nous attend. Il nous conduit au Vernet, la base de l’association. En chemin, il nous explique que ce village n’a que vingt habitants à demeure mais une centaine l’été. Et nous n’en croyons pas nos yeux ; dans ce petit village du bout du monde, il y a des voitures partout !  Nous faisons la connaissance de Matthias qui va nous accompagner tout au long du séjour. Le temps de mettre les chaussures (pour ceux qui ne les avaient pas déjà aux pieds) et nous voilà partis ! Nous cheminons sous le soleil, au milieu des châtaigniers avant de rejoindre « la forêt des écrivains combattants », créée en l’honneur les écrivains morts pendant les deux guerres mondiales et plantée de pins, de cèdres et de chênes rouges d’Amérique. Arrivés sur la crête, nous découvrons un paysage somptueux et le parfum enivrant des genêts en fleurs. A Rosis, une dernière petite côte et nous sommes au gîte. Nous nous installons dans les chambres pendant que Matthias prépare le dîner. Nous sommes fatigués du voyage mais, le Kir au Thym aidant (une découverte qui a fait l’unanimité, y compris parmi les amateurs de bière), il est 23 heures 30 quand nous rejoignons nos chambres.

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Jour 2:
On a démarré avec le tonnerre et le son de la rave party mais la suite a été …du tonnerre, une journée très sportive et une partie de rêve ! Le chemin de descente vers les gorges de Colombières était pentu et rocailleux et les muscles des cuisses ont été mis à rude épreuve. Et la montée pour aller jusqu’au site du pique-nique a été plutôt dure. Pour y accéder nous avons même dû traverser la rivière d’Arles -un beau torrent aux eaux claires- sur un pont plutôt sommaire. Mais quel lieu magnifique ! Et les plus courageux ont pu bénéficier d’un bain de pieds rafraichissant. Quelques minutes de sieste, avec chacun sa technique, et nous voilà repartis pour remonter vers Rosis. Nous y aurons des vues spectaculaires sur la vallée de l’Orb. Les rochers prennent des formes évocatrices : un Inca assis avec un genou replié, une grenouille qui tire la langue, une tortue… Chacun libère son imagination. Sur notre chemin, des genêts étincelants, de délicats cistes blancs, d’odorantes lavandes papillon et de somptueuses digitales pourpres. Matthias nous montre comment reconnaître les différentes espèces de genêts : les genêts à balais avec leur tige cannelée, les genêts d’Espagne avec leur tige lisse et les genêts purgatifs (pour les animaux), plus petits, mais aussi beaux que les autres. Le chemin en lacets nous paraît interminable ; il y a beaucoup plus de lacets que ceux dessinés sur la carte ! Le sommet paraît proche mais s’éloigne au fur et à mesure qu’on avance ! Mathias nous explique que le chemin a été aménagé en calade par les Romains, c’est à dire empierré, pour pouvoir être utilisé par les charrettes. Mais les effets du temps ont souvent transformé les calades en chaos de pierres. Enfin nous arrivons au gîte, fatigués mais ravis de notre journée, une journée qui n’est pas terminée ; une soirée sympathique va commencer…

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Jour 3:
Aujourd’hui il y a un vent à décorner…les mouflons. Mais le paysage est bucolique avec ses tourbières, ses haies de genêts et sa forêt de pins dont nous apprécions le sol souple et l’air embaumé. Mathias nous fait un cours sur le déroulé du pied et nous raconte des histoires locales. Dame Francette, habitante de Douch (un village où nous irons demain), avait recueilli et intégré dans son troupeau de chèvres un mouflon tripède (il avait perdu une patte). Elle l’avait appelé Olibrius parce qu’il n’arrêtait pas de faire des bêtises …de mouflon ! Une précision : un mouflon ressemble à une chèvre mais fait partie de la famille des moutons. Arrivés à la table d’orientation du Caroux, à 1050m, nous découvrons le panorama sur la montagne et la vallée de l’Orb, avec à l’horizon la Méditerranée. Si le temps était plus clair on pourrait voir les Pyrénées. Nous déjeunons très agréablement au milieu de rochers dont certains semblent sur le point de glisser dans le vide, mais ce, d’après notre guide, depuis des milliers d’années. Ils nous ont abrité du vent, « le vent tourbillonnant qui rabat les volets. Là-bas tord la forêt comme une chevelure. Des troncs entrechoqués monte un puissant murmure. Pareil au bruit des mers, rouleuses de galets. »*. Est-ce à cause du vent, on n’a pas entendu le coucou, contrairement aux jours précédents. Nous arrivons au village d’Héric où nous découvrons notre nouveau gîte. Le temps de changer de chaussures et nous voilà sur la terrasse autour de l’apéritif ; en plus d’être savoureux et réconfortant, il est également très culturel, avec une revue historique qui débute par les Médicis et nous conduit à Richelieu et Mazarin** et jusqu’aux trois mousquetaires…

NDLR (avec l’aide de GOOGLE)  : * Ce souvenir de l’école primaire est l’œuvre d’Albert Samain (1858-1900) ; ** Mazarin succède bien à Richelieu.

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Jour 4:
Aujourd’hui le soleil est timide et les nuages menaçants ; mais ils ne se révèleront pas méchants ; à peine quelques minutes de bruine … On a pu ainsi franchir plusieurs cols sur un sol sec, ce qui est appréciable sur les chemins pierreux. Sur le plateau, les Bretons du groupe ont trouvé aux paysages des similitudes avec ceux des monts d’Arrée. Il y avait des fleurs à profusion : des daphnés, des vipérines, des bouillons blancs, des digitales, des chardons et toujours, partout, des genêts. Matthias a cueilli du serpolet qu’on a bu le soir en infusion. Nous avons pique-niqué à côté d’une bergerie en ruines, cachée par les genêts. Arrivés à Douch, nous avons fait le tour du village. A l’entrée, un four à pain, construit en 2012 pour que les promeneurs puissent se faire cuire du pain ou une pizza avec, devant, une belle table en pierre pour déguster. Au centre, une maison du mouflon (ornée d’une tête de mouflon sculptée, cela va de soi !) ; mais nous n’avons pas pu y entrer, c’est fermé le mercredi. On a rencontré Francette, la mère adoptivé d’Olibrius, qui travaillait dans son jardin. Toute la journée, on a guetté les mouflons dans la montagne mais c’est au bord de la route qu’on a fini par en voir une harde. Mouflonnes et mouflets (?) gambadaient gaiement dans la verte prairie d’un agriculteur qui criait pour chasser ces intrus gourmands ! Un peu plus loin, un faisan criait (plutôt rauque le cri !) et des vaches marron, aux cornes inversées (bizarre !) ruminaient placidement. En arrivant à Madale on a rencontré le berger Moïse, ses moutons et son chien. Une fois dans notre nouveau gîte, on a pris le thé sur la terrasse. Un bruit suspect derrière la maison a attiré notre attention ; c’était les chèvres de Moïse qui dévoraient les feuilles des châtaigniers. Le temps de s’installer et de se doucher, c’est l’heure de l’apéro et du kir-au-thym ! Mathias a allumé un feu dans la cheminée et ce feu, alimenté par des palettes de bois données par Moïse, a réchauffé nos corps endoloris !

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Jour 5:
On a failli rater le bus, on a failli rater le train… mais au lever, le soleil brillait pour notre dernière balade, notre dernier pique-nique. Les paillettes de mica des pierres rendaient le sentier étincelant. En chemin, sur un dépôt d’objets encombrants, nous avons trouvé une tête de sanglier naturalisée, un peu pelée mais quand même impressionnante ! Farceur, Matthias a installé ce trophée sur la fourche d’un arbre, de quoi intriguer voire terrifier les promeneurs ! Il faut dire qu’on avait commencé la journée sous le signe du sanglier (comme celle d’hier sous le signe du mouflon) en apercevant une série de pattes, clouées sur la porte de la maison de la mère de Moïse. On a retrouvé les belles vues depuis les cols, les affûts, la forêt des écrivains combattants, les châtaigniers, les digitales, à ne pas confondre avec les brunelles ou les campanules ; il y avait tout plein de papillons blancs sur les chardons. On est descendus sur le Vernet par un chemin couvert de cailloux qui ressemblaient à des tuiles cassées. Les vététistes les appellent les xylophones car ils sonnent à leur passage. On a remercié et dit au revoir à Matthias, puis à Aurélien, une fois arrivés, juste à temps, à Bédarieux, après une détour forcé (route coupée) par Lamalou-les-bains. La chauffeuse du car était aussi haute en couleurs que celle de l’aller. Elle nous a montré que le Caroux (il faut prononcer le x) avait la forme d’une femme allongée sur le dos ; selon la légende, ce serait Cébenna, une des deux dernières descendantes des Titans, pétrifiée par la Terre, sur ordre de Zeus, pour laisser la place aux hommes. A cause des embouteillages dans Béziers, on a attrapé le TGV au vol (on était encore sur le quai quand le chef de gare a sifflé le départ du train) pour rejoindre Paris. En se dispersant, la famille Kir-au-thym avait encore les paysages du Caroux dans les yeux ; un bon moment c’est toujours trop court. Mais, consolation, nous pouvions nous dire à très bientôt, pour la prochaine rando !

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